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Portrait d’acteur : Ôkhra

OKRA, une entreprise de l’ESS qui équilibre les quatre dimensions de l’économie solidaire : économique, démocratique, socio-culturelle et territoriale.

 

Article provenant du site de l’APEAS
Mis à jour : vendredi 15 janvier 2010

Il n’est pas si fréquent de croiser une entreprise de l’économie solidaire qui équilibre à ce point les quatre dimensions de l’économie solidaire : économique, démocratique, socio-culturelle et territoriale. Au départ du projet se trouvent Barbara et Mathieu Barois, qui nourrissaient depuis longtemps le projet d’une entreprise à vocation culturelle. Pour ces deux consultants (l’une en organisation d’entreprise et l’autre en archivage d’entreprise), la démarche entrepreneuriale n’était pas vraiment un obstacle, mais bien un défi. Ils voulaient réussir à montrer qu’il est possible d’entreprendre dans le domaine culturel (préserver et valoriser le patrimoine local) tout en assumant la partie économique du projet. En 1993 ils tombent par hasard sur une friche abandonnée, l’Usine Mathieu à Roussillon. Cette usine, aux grandes heures de l’industrie de la couleur (première moitié du 20e siècle), rayonnait dans le bassin ocrier du Pays d’Apt.

Le « Colorado Provençal », comme on surnomme cette région du fait de la couleur rouge de sa terre et de l’érosion qui a sculpté un relief si particulier, a connu dans les années 50 le déclin de l’industrie du pigment naturel. L’usine Mathieu est un bâtiment en pierre jaunies de 1500m2 date de 1920, typique de l’architecture locale. Il a été restauré à l’identique, avec des matériaux et savoirs-faire locaux. D’ailleurs la valorisation du patrimoine industriel du pays d’Apt est un élément du projet de Mathieu et Barbara Barois : un conservatoire des ocres et pigments appliqués. « L’ocre est un matériau fascinant, il est utilisé de multiples façon comme colorant naturel.  Il fait partie de notre patrimoine culturel, notre idée est de le valoriser et développer avec activité économique perenne et autonome ». En 1994 l’association Ôkhra est créée à Roussillon, regroupant les deux porteurs de projets et la commune de Roussillon. L’association fonctionnera sur un encadrement bénévole de 1995 à 1998 et en 1997 le premier salarié est embauché. Dans les comptes Mathieu Barrois valorisera les « apports en industrie », comme des investissements : carnets d’adresse, temps passé, idée et réalisation du projet, soit 90 000 €, et la commune financera en contrepartie la rénovation du lieu pour 610 000 €. Une association locale dissoute qui travaillait autour de la couleur reversera à Ôkhra ses actifs (environ 15 000 €), qui en fera un précieux fonds de roulement qu’elle a su gardé intact jusqu’à maintenant. En 1998, Ôkhra obtient de la ville de Roussillon une délégation de service public sous forme de contrat d’affermage pour la gestion du site. Mais selon l’idée de départ des porteurs de projets Ôkhra remboursera ses créanciers en dix ans, histoire de montrer que la culture ne vit pas forcément sous perfusion des pouvoirs publics. Au final l’initiative n’aura pas couté un centime au contribuable roussillonais. Actuellement la structure a atteint une certaine stabilité, même si le résultat d’exploitation reste faible : onze salariés, un chiffre d’affaires de 900000 €, et 500 adhérents. Elle est passée d’association à SCIC début 2005.

En 10 ans, Ôkhra est devenu un véritable centre ressource sur la couleur, où toute personne ayant une question technique sur la couleur doit pouvoir trouver une réponse, « rendre la couleur possible » est d’ailleurs devenu le véritable métier de la SCIC. Le projet de départ s’est développé autour de quatre pôles d’activités. Chaque pôle est développé par une activité économique, permettant ainsi un équilibre entre le développement culturel et économique. Cela permet aussi un autofinancement presque total d’Ôkhra. Le pôle « territoire et patrimoine » met en valeur le patrimoine industriel que constitue l’usine Mathieu, et rappelle ce qu’a été l’industrie de la couleur dans la région de Roussillon. Des visites guidées sont organisées, permettant d’assurer l’entretien du lieu et des investissements nécessaires. Le pôle « ressources et matériaux de la couleur » constitue le véritable poumon économique de la structure. Un comptoir offre à la vente une large palette de pigments minéraux, des matériaux pour réaliser peintures et enduits et des livres sur le sujet. Chaque variété de pigment et chaque livre mis à la vente sont archivés dans la matériauthèque ou dans la bibliothèque de l’association, en accès libre au public, afin de conserver la mémoire des matériaux et des ouvrages.

Le pôle « pratique et pensée de la couleur » est la partie conceptuelle de l’ensemble. Ôkhra organise 220 jours de formations par an, en mobilisant un réseaux de 25 intervenants experts dans leur domaine. Une « école de la couleur » est aussi organisée chaque année sur un aspect de la couleur, alternant « sciences dures » et « sciences molles » : chimie de la couleur, physique de la couleur, métal et couleur, langages et couleur, lumière et couleur…

Le pôle « gestion et développement d’entreprise culturelle », est la partie consacrée à l’administration d’entreprise. « Avec Ôkhra nous avons voulu montrer qu’entreprendre autrement dans le domaine culturel est possible. Ainsi après 10 ans d’activité associative, nous passons en SCIC. Cela fait deux ans que nous préparons ce changement de statuts. Une SCIC convient mieux au développement d’Ôkhra, car elle a une dimension partenariale forte et de fait un ancrage sur le territoire. Elle garantit que les bénéfices permettront le développement de l’entreprise. Pour le territoire elle permet un développement social et solidaire. Enfin, elle permet d’associer les salariés à la gestion de la coopérative. » précise Mathieu Barois. Ôkhra compte aujourd’hui 150 coopérateurs, répartis en 4 colléges, correspondant aux 4 pôles d’activités.

L’intérêt est de mettre en présence des personnes aux intérêts contradictoires.

Dans un collège on trouve par exemple des acheteurs, des vendeurs, et des chercheurs. Cela nécessite que chacun dépassse ses intérêts propres pour construire l’intérêt collectif.

La SCIC permettra aussi de transmettre l’outil de travail à d’autres, car loin de vouloir garder la mainmise sur leur initiative, Barbara et Mathieu Barrois espérent qu’Ôkhra leur survivra. Celui-ci est par ailleurs Président du CBE (Comité de bassin d’emploi) du pays d’Apt.

Mathieu Barrois

Mathieu Barrois

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